République et institutionsUne République de la décence

25 mai 2021
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Photo par Tango7174 — Bayeux, l’un des plus vieux arbres de la liberté encore debout

Gilles Nohain

 

« Indécent » est surement l’adjectif qui caractériserait le mieux le quinquennat de M. Emmanuel Macron. Que l’on ne prenne pour exemple que la gestion des gilets jaunes ou celle de la crise du covid, le constat semble évident. Le Président de la République non seulement méprise les Français mais il affiche surtout son indifférence pour les difficultés qu’ils traversent.

Beaucoup de Français aspirent à retrouver une République qui a « les mains pures (1)» comme disait Péguy, pour que son idéal ne s’éteigne pas tout-à-fait. […] Lorsqu’on se réclame de la souveraineté et du  « bon sens » populaire, doivent pouvoir incarner aussi un idéal de décence et ne pas avoir peur de faire de la question morale une priorité.

Or beaucoup de Français aspirent à retrouver une République qui a « les mains pures (1)» comme disait Péguy, pour que son idéal ne s’éteigne pas tout-à-fait. Je crois en effet que M. Macron met en péril l’idéal et la « mystique » républicaine elles-mêmes et pas simplement ses propres chances de réélection. Or lorsqu’on se réclame de la souveraineté et du  « bon sens » populaire, doivent pouvoir incarner aussi un idéal de décence et ne pas avoir peur de faire de la question morale une priorité.

J’emprunte ce concept de « décence » à Jean-Claude Michéa, car il offre à la réflexion différents avantages. D’abord il permet de penser que le fondement de l’action politique peut bien souvent reposer sur une « exigence morale de dignité et de justice (2)». Il permet aussi de rester très pragmatique et de penser les exigences de la vie quotidienne.

Reconstruire une exigence de morale dans le débat public doit bien se distinguer de proposer une « idéologie morale », c’est-à-dire un ensemble de discours moralisateurs, de prescriptions et de proscriptions, il ne s’agit évidemment pas de culpabiliser nos concitoyens. Loin donc de vouloir produire un discours normatif, on se propose plutôt d’introduire en pratique cette « décence commune », pour en faire un cadre partagé.

Pourtant ce concept a aussi quelques inconvénients, comme celui de laisser penser que le peuple a été protégé de la faute bourgeoise et qu’il est exempt de corruptions. Emmanuel Todd rappelle que la société traverse une crise d’anomie profonde, en témoigne la vente des anti-dépresseurs par exemple(3). Le « refus de parvenir » qui selon Michéa caractérise le « common man » semble assez lointain à l’heure des réseaux sociaux où chacun est appelé à se mettre en avant et à approfondir toujours un peu plus son narcissisme. De plus, les grandes idéologies ont disparu de la société française et leur principes éthiques ont sombré avec elles. La « contre-société » communiste, de même que le christianisme, dont les rares traces   vont   en   s’affaiblissant,   faisant   entrer   la   société   française   dans   un   temps « postchrétien (4)», ne sont plus que des souvenirs. Il ne servirait donc à rien de proposer comme modèles éthiques la camaraderie communiste ou la charité chrétienne qui ne rencontreraient aucun écho dans la société. Sur quoi peut reposer cette décence commune, si toute morale est démonétisée et si tous les repères sont perdus ?

Cette exigence de morale, ou de vertu comme le disait Saint-Just, peut se lire dans le troisième mot d’ordre de notre devise : la Fraternité. La fraternité est une morale laïque, c’est une exigence pour soi et une bienveillance pour l’autre. Elle se développe sur le fondement de toute morale : le triptyque du donner, du rendre et du recevoir.

Cette exigence de morale, ou de vertu comme le disait Saint-Just, peut se lire dans le troisième mot d’ordre de notre devise : la Fraternité. La fraternité est une morale laïque, c’est une exigence pour soi et une bienveillance pour l’autre. Elle se développe sur le fondement de toute morale : le triptyque du donner, du rendre et du recevoir (5). C’est sur ce fondement anthropologique qu’on peut proposer en pratique de vivre une fraternité républicaine qui permette de concilier la politique et les exigences morales. Cette fraternité une fois mise en pratique peut devenir un cadre éthique et peut faire retrouver à la République son sens, c’est- à-dire autant sa signification que sa direction. Si l’abandon de la souveraineté française et sa dissolution dans différents organismes supranationaux ont entrainés tant une individualisation et une archipélisation de la société française (6), c’est bien que la fraternité républicaine est inséparable de la souveraineté. Car la souveraineté ne se distingue pas du soin et de l’attachement que l’on porte à ses frères et à son pays.

Pour mettre en pratique ce renouvellement du cadre éthique et cette reviviscence de la fraternité républicaine, je crois qu’il faut s’appuyer sur des pratiques symboliques dont j’aimerai développer deux exemples.

L’arbre symbolise parfaitement, cette idée du bien commun, dont chacun tire du fruit, cet enracinement dans un terroir spécifique, mais l’arbre c’est aussi bien sûr ce qui transcende le temps, ce qui ne se meut pas mais ne cesse de grandir. L’arbre planté par les adultes, décoré par les enfants, est entretenu au fil des générations et manifeste la permanence de la patrie et de la nation.

Lors de réunions publiques comportant une « cérémonie au drapeau » où La Marseillaise est chantée, il pourrait être intéressant qu’à la suite de ce chant, pour marquer la fraternité qui anime et lie les Français entre eux, vous puissiez inviter chacun à saluer son voisin (de gauche ou de droite) et à lui serrer la main. Cela pourrait servir d’abord tout simplement à créer des liens entre les participants, mais aussi à introduire une horizontalité du contact, non simplement des individus qui en écoutent un autre de façon verticale. Le groupe serait dès lors plus qu’une addition de citoyens réunis par des intérêts convergents, mais des concitoyens rassemblés autour de ce qui leur est commun, la res publica. Il semble aussi très important, surtout après les diverses mesures sanitaires que nous connaissons, de réintroduire du contact physique. Il a été souligné que les ronds-points des gilets jaunes ont été des espaces de liberté – et de libération – parce qu’ils ont été des espaces de rencontre et de dialogue. Ce sont ces espaces qu’il faut perpétuer et entretenir, pour que ce mode de rencontre et d’échange devienne spontané. Il faut bien sûr d’une part convaincre et informer les citoyens, c’est la fonction de l’orateur public dont il est bon que la parole présente une verticalité assumée. Mais il faut aussi instaurer, en-deçà, un espace d’échange démocratique et de rencontre fraternelle. Cela pourrait présenter aussi l’avantage de favoriser l’intégration du sympathisant ou du simple passant curieux, qui serait amené à échanger avec des militants. On devrait aussi réactualiser la tradition de la plantation d’un arbre républicain le 14 juillet. Cela pourrait donner lieu à une manifestation patriotique, qui en plus d’assurer la réunion fraternelle, montrerait l’attachement partagé des citoyens à leur terre, à leur patrimoine naturel et surtout, à montrer l’attachement de la communauté à une transmission transgénérationnelle. L’arbre symbolise parfaitement, cette idée du bien commun, dont chacun tire du fruit, cet enracinement dans un terroir spécifique, mais l’arbre c’est aussi bien sûr ce qui transcende le temps, ce qui ne se meut pas mais ne cesse de grandir. L’arbre planté par les adultes, décoré par les enfants, est entretenu au fil des générations et manifeste la permanence de la patrie et de la nation. Ce symbole répondrait aussi aux désirs de nos concitoyens de voir la République plus encline à protéger la nature et les animaux. La patrie n’est pas seulement humaine, et nous devons montrer l’attachement que nous avons envers les animaux qui peuplent avec nous notre pays.

Ces deux petites pratiques symboliques, la salutation entre voisins lors des assemblées et la plantation d’arbres républicains permettraient de mettre en valeur l’unité des patriotes comme étant une incarnation d’une fraternité réellement vécue. Une fraternité qui s’établirait entre tous les Français, mais qui s’étendrait jusqu’aux générations de Français à venir et qui prendrait en compte la faune et la flore de notre pays. Ces mesures seraient deux jalons dans la construction d’un cadre éthique partagé et assume. La Fraternité qui se construirait au travers de ces initiatives ne manquerait pas de se développer et de produire spontanément des formes nouvelles.

 

— NOTES —

1 Charles Péguy, Notre jeunesse, Paris, Gallimard, 1993, 344 p.

2 Jean-Claude Michéa, Le complexe d’Orphée: la gauche, les gens ordinaires et la religion du progrès, Paris, France, Flammarion, 2014, 358 p.

3 Emmanuel Todd, Les luttes de classes en France au XXIe siècle, Paris XIXe, Éditions du Seuil, 2020, 366 p.

4 Guillaume Cuchet, Comment notre monde a cessé d’être chrétien: anatomie d’un effondrement, 2020.

5 Marcel Mauss, Sociologie et anthropologie, Paris, France, Presses universitaires de France, 2001, 482 p.

6 Jérôme Fourquet, L’archipel français: naissance d’une nation multiple et divisée, Paris XIXe, Éditions du Seuil, 2019, 379 p.

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